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MaPrimeRénov : suspension totale du dispositif, y compris le parcours mono-geste, faute de vote budgétaire

Le dispositif MaPrimeRénov', pilier de la rénovation énergétique des logements, est à nouveau suspendu en raison de l'absence de vote du budget 2026. Confirmée en décembre dernier par Vincent Jeanbrun, ministre du Logement et de la Ville, cette décision a déjà provoqué une forte mobilisation des artisans du bâtiment. Certaines catégories de travaux monogestes, comme l'isolation ou les chaudières biomasse, ne sont plus éligibles depuis le 1er janvier 2026, et ce retrait suscite l'inquiétude des professionnels. Ces derniers réclament la réintégration de ces travaux, jugés essentiels à l'activité et à la dynamique de la filière. Décryptage de cette suspension et de ses impacts pour le marché immobilier.
Budget 2026 : un calendrier parlementaire sous haute tension, l'immobilier toujours dans l'expectative
Alors que l'examen du projet de loi de finances reprend à l'Assemblée nationale après le passage au Sénat, l'absence de budget voté continue de peser lourdement sur le secteur du logement. Le projet de loi de finances pour 2026 doit faire son retour à l'Assemblée nationale à l'issue de son examen par le Sénat. Les députés débuteront l'étude du texte en commission dès le 8 janvier, avant une discussion en séance publique prévue la semaine suivante, les 12 ou 13 janvier.
Ce nouveau calendrier intervient dans un contexte institutionnel déjà fragilisé. Pour rappel, l'échec de la commission mixte paritaire, réunissant députés et sénateurs, n'a pas permis de dégager un compromis avant la fin de l'année. Face à cette impasse, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé en décembre le recours à une loi dite « spéciale », afin d'assurer la continuité de l'action publique à compter du 1er janvier 2026, en l'absence de loi de finances adoptée. Le 23 décembre, le Sénat a validé ce texte à l'unanimité.
À l'Assemblée nationale, les lignes de fracture restent profondes. Le Parti socialiste plaide pour 10 milliards d'euros de recettes supplémentaires, tandis que la droite insiste sur la nécessité de réaliser des économies. Dans ce climat de fortes tensions politiques, les perspectives d'adoption rapide du budget apparaissent toujours très incertaines. Selon Public Sénat, l'hypothèse d'un accord reste, à ce stade, particulièrement fragile.
Dans l'attente d'un cadre budgétaire stabilisé, plusieurs secteurs économiques évoluent à vue, au premier rang desquels l'immobilier. La nouvelle suspension de dispositifs structurants, à commencer par MaPrimeRénov', illustre concrètement les effets de cette instabilité pour les professionnels du secteur, contraints d'adapter leurs pratiques et leurs conseils dans un environnement réglementaire toujours mouvant.
MaPrimeRénov' : la restriction des monogestes fragilise l'écosystème de la rénovation
Si MaPrimeRénov' a déjà compliqué certains projets de rénovation et tendu le marché immobilier, la suppression de l'éligibilité de certains travaux monogestes a eu un impact direct sur l'activité des artisans du bâtiment. Ces changements successifs remettent en question l'équilibre économique de l'ensemble de la filière de rénovation énergétique.
MaPrimeRénov' reste pourtant le principal levier de l'État en matière de transition énergétique des logements. Le dispositif s'adresse aux résidences principales, qu'elles soient occupées par leur propriétaire ou par un locataire, et vise à soutenir financièrement les travaux destinés à améliorer la performance énergétique du parc résidentiel.
Le mécanisme repose sur trois parcours distincts, pensés pour répondre à différents niveaux d'ambition. Le parcours par geste permet de financer un ou plusieurs travaux ciblés. Le parcours de rénovation d'ampleur encourage, quant à lui, la réalisation de bouquets de travaux cohérents visant un gain énergétique significatif à l'échelle du logement. Enfin, MaPrimeRénov' copropriété accompagne la rénovation des parties communes ainsi que les travaux d'intérêt collectif réalisés dans les parties privatives.
C'est le parcours par geste qui a connu les évolutions les plus marquantes à la suite de l'arrêté du 8 septembre 2025, avant sa réouverture le 30 septembre 2025. Désormais maintenu sous conditions, il est réservé aux logements les plus énergivores, classés E, F ou G. À cela s'ajoute l'exclusion, à compter du 1er janvier 2026, de plusieurs travaux majeurs, notamment l'isolation thermique par l'intérieur et par l'extérieur, ainsi que l'installation de chaudières biomasse (bois et granulés).
Des tensions croissantes pour les professionnels et les ménages
Cette réforme a suscité de vives réactions au sein des organisations professionnelles. Le Syndicat français des chaudiéristes biomasse (SFCB) et la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB) ont tous deux appelé à la réintégration des monogestes, jugés essentiels à la dynamique de rénovation et à la survie de nombreuses entreprises artisanales.
Dans cette perspective, la CAPEB a plaidé, depuis décembre dernier, pour la mise en place d'un parcours de travaux progressif, mieux adapté aux capacités financières des ménages comme aux réalités économiques des professionnels. De son côté, le SFCB souligne que près de 75 % des projets domestiques de chaudières biomasse - soit entre 5 000 et 10 000 installations par an - étaient encore cofinancés par MaPrimeRénov' l'an dernier, illustrant le rôle structurant du dispositif pour l'ensemble de la filière.
Dans un contexte de forte incertitude budgétaire et réglementaire, la suspension de MaPrimeRénov' et l'exclusion de certains travaux monogestes mettent en lumière la fragilité des dispositifs de soutien à la rénovation énergétique. Cette situation affecte autant les professionnels de l'immobilier et du bâtiment, contraints d'adapter leurs pratiques et leurs conseils, que les ménages, pour qui l'accès aux aides et la possibilité d'engager des rénovations par étapes deviennent plus complexes. Si le dispositif reste un levier clé pour la transition énergétique, son avenir dépend désormais de l'adoption d'un cadre budgétaire clair et de la capacité des autorités à rétablir la stabilité nécessaire au bon fonctionnement de la filière.
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